L'Algérie ne cèdera pas sur la question du prix du gaz sur le marché intérieur pour accéder à l'Organisation mondiale du commerce.
Le message net et clair délivré hier, sur la radio nationale, par le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil, ne peut que satisfaire ceux qui s'inquiètent ouvertement à l'idée que l'Algérie cède sur cette question essentielle. La position de Chakib Khelil n'est pas nouvelle, mais elle prend du relief quand on sait qu'elle sera au centre des discussions du prochain round, le 11ème, des négociations pour l'accession de l'Algérie à l'OMC.
L'Organisation mondiale du commerce exige que l'Algérie mette fin à ce qu'elle appelle la «double tarification» du gaz et qu'elle aligne les prix pratiqués à l'intérieur avec ceux du marché international. Une exigence jugée totalement injustifiée par Alger. Le chef des négociateurs algériens, Cherif Zaâf, a récemment indiqué que la «preuve mathématique» a été délivrée sur le fait que les prix du gaz couvrent largement les coûts de production. «On a donné suffisamment de chiffres au groupe de travail. Il n'y a pas d'ambiguïté», avait-il souligné. En fait, derrière cette question se profile un véritable bras de fer entre les pays producteurs et l'OMC. L'entrée de la Russie à l'OMC bute sur cette question des prix intérieurs du gaz, l'Arabie Saoudite a cédé en partie en acceptant de réduire l'écart entre les prix intérieurs et extérieurs du gaz. Les arguments techniques avancés par l'Algérie rencontrent en réalité une objection de type politique.
Pas de concessions à faire
En confirmant que l'Algérie ne cèdera pas sur cette question, Chakib Khelil indique un cap clair aux négociateurs algériens: l'accession à l'OMC ne se fera pas au prix de la perte de l'avantage comparatif du prix du gaz pour l'économie nationale. A plus forte raison quand le prix du gaz vendu sur le marché national n'est pas subventionné et correspond au coût réel et une marge de rentabilité. Aligner le prix sur celui du marché international ne correspond à aucune logique économique. De manière crue, cette question devient un motif de chantage à l'accession. Envoyer un message ferme est bien la moindre des choses à faire: plutôt renoncer à accéder à l'OMC que de céder sur le prix du gaz. C'est ce qui a été fait par Chakib Khelil en indiquant qu'il «n'y aura pas de révision du prix du gaz sur le marché national».
L'Algérie, a-t-il ajouté, «n'a pas à faire de concession» et sa position sur la question du «gaz restait inchangée et justifiée». Le prix du gaz sur le marché national comprend, selon lui, tous les coûts (production, développement, transport...) et il est déterminé par la loi sur les hydrocarbures laquelle «prévoit aussi une marge de rentabilité raisonnable». «L'Algérie applique ce qu'un économiste sérieux appliquerait à savoir l'introduction des coûts d'exploration, de développement, de transport et de distribution dans le prix du gaz, en plus de la rentabilité adéquate prévue par la réglementation». Bref, les critères économiques ne justifient pas une augmentation des prix du gaz sur le marché intérieur «tout juste pour satisfaire une organisation et se rapprocher du prix à l'international».
Le gaz vendu aux entreprises en Algérie n'est pas soutenu et il n'est pas cédé à perte. Cette différence du prix intérieur avec le prix extérieur relève des avantages comparatifs admis et acceptés par l'OMC. C'est cet avantage comparatif qui est une source d'attractivité pour l'économie algérienne que l'on veut faire disparaître par le chantage à l'accession.
Source: Le Quotidien d'Oran