Création d'une banque d'investissement, privatisation du CPA, ouverture du capital de la BDL, regroupement de deux banques publiques spécialisées dans le financement de l'industrie
modernisation des moyens de paiement de masse, relance de la Bourse d'Alger, gel des agréments aux banques étrangères...Ce sont les grands axes de la réforme financière et bancaire développés, jeudi, au forum de la chaîne II par la ministre déléguée chargée de la Réforme financière, Fatiha Mentouri.
CPA : AUCUNE DATE POUR RELANCER LA VENTE
Le gouvernement n'a pas encore évalué les conséquences de la crise des crédits hypothécaires américains sur la vente du CPA et ne connaît pas encore les conséquences de cette crise sur les banques candidates au rachat de la banque publique, selon la ministre. « La relance de la vente du CPA dépend d'une meilleure visibilité sur la crise des subprimes américains, a expliqué la ministre. Si la privatisation du CPA n'est pas relancée avant juin, le gouvernement sera obligé de reprendre le processus avec d'autres critères ». En clair, la privatisation du CPA a toutes les chances d'être reprise de zéro, avec d'autres critères et probablement une ouverture du capital minoritaire.
La ministre a évoqué l'ouverture du capital de la BDL, sans avancer de date pour le lancement de l'appel d'offres. « Le principe de l'ouverture minoritaire du capital, avec transfert intégral du management, est maintenu; nous sommes en train de rédiger l'appel d'offres. Nous recherchons un partenaire étranger, spécialisé dans le financement de la PME qui est le métier de base de la BDL », s'est contentée de dire Mme Mentouri.
CONSTITUTION D'UN PUISSANT POLE BANCAIRE PUBLIC
Outre les privatisations du CPA et de la BDL, le gouvernement a retenu, selon la ministre, le projet de fusion ou de regroupement en une seule banque publique, la BNA et la BEA. « Ces deux banques sont spécialisées dans le financement de l'industrie. Nous envisageons soit une fusion, soit un regroupement pour créer un pôle bancaire puissant », a annoncé Mme Mentouri sans donner de délais pour la concrétisation de ce projet. « Ce n'est pas la grande priorité du gouvernement du moment », a expliqué la ministre. Le plan de modernisation des banques publiques prévoit le maintien dans le giron de l'Etat de quatre banques : la BNA, la BEA, la BADR et la CNEP-Banque. « Nous travaillons sur un projet de constitution d'un pôle bancaire public puissant, nécessaire pour le financement de l'économie et pour faire face à la concurrence étrangère », a soutenu Fatiha Mentouri.
La ministre a révélé la révision prochaine des contrats de performances qui lient le propriétaire et les gestionnaires des banques. « La rémunération des PDG de banques sera liée aux résultats », a annoncé Fatiha Mentouri. L'objectif est de pousser les gestionnaires bancaires à prendre plus de risques et à faire plus de crédits pour financer l'économie. Le plan vise, également, à réduire le taux de crédits non performants ou crédits bonne mine, accordés sans le respect des critères d'attribution de crédits. L'objectif est de donner un peu de liberté aux gestionnaires des banques publiques pour mieux évaluer les risques, les analyser et octroyer des crédits aux projets viables. La ministre rejette les critiques patronales sur l'immobilisme des banques publiques. « Les entreprises privées doivent faire de grands efforts en matière de transparence et d'informations financières », a suggéré la ministre. En clair, les banques publiques ne pourront pas accorder des crédits à des entreprises qui ne travaillent pas dans la transparence. Toutefois, les banques publiques ne boudent pas vraiment les entreprises privées : plus de la moitié des financements, accordés par les banques à l'économie, sont destinés au secteur privé. Mais plus d'un tiers de ces crédits ne sont pas attribués, selon des critères économiques. Le FMI évalue entre 35% et 40% le taux des crédits bonne mine en Algérie, selon la ministre.
La constitution d'un puissant pôle financier public prévoit la création d'une banque d'investissement destinée aux financements des projets à moyen et long termes. « Cette banque, a plaidé la ministre, est nécessaire à la phase actuelle de l'évolution de l'économie algérienne ». La future banque d'investissement, dont la date de lancement n'est pas encore connue, remédiera aux problèmes de financement des grands projets d'investissement dans l'industrie, le tourisme. Pour le financement de la PME, la ministre a évoqué les projets en cours de création par les banques publiques de sociétés à capital investissement.
TOUT POUR DEVELOPPER LA MONETIQUE
Lancé en 2003, le développement des moyens modernes de paiement de masse est pratiquement achevé, avec l'entrée en vigueur en 2006 de la télé-compensation électronique des chèques et le démarrage de la monétique. L'économie algérienne est dominée par le cash qui représente 23% du PIB, selon la ministre. Autrement, les liquidités en circulation représentent, à présent, près d'un quart du PIB (130 milliards de dollars en 2007). Pour réduire ce taux, la ministre compte sur la monétique. « Nous avons une population jeune qui est tournée vers la modernité. Nous misons beaucoup sur la carte bancaire pour réduire l'utilisation des liquidités dans les transactions commerciales », a annoncé la ministre. Un vaste plan de développement de la monétique (moyens électroniques de paiement et de retrait) est en cours et vise la généralisation de la carte bancaire en 2009. « Nous avons l'ambition de distribuer 9 millions de cartes bancaires de retrait d'ici à 2009 », a annoncé la ministre.
LE CREDIT A LA CONSOMMATION
NE PROFITE PAS A L'ECONOMIE NATIONALE
La ministre a critiqué le développement du crédit à la consommation qui ne profite pas à « la production nationale, mais plutôt aux produits étrangers » : « Le crédit à la consommation était destiné à encourager la production nationale, mais il s'est traduit par une hausse des importations notamment des véhicules ». La ministre, qui suggère d'orienter le crédit à la consommation vers la production nationale, déplore le retard dans la mise en place par la Banque d'Algérie d'une centrale à risque dont l'entrée en fonction est prévue pour 2009. « Il faut la mettre rapidement en place », a souhaité Mme Mentouri. La centrale à risque évitera, par exemple, le surendettement des ménages. Le crédit à la consommation est le monopole des filiales algériennes des groupes bancaires français BNP Paribas, Société Générale et Natixis. On comprend mieux maintenant pourquoi le président Bouteflika a décidé d'interdire aux banques publiques de faire du crédit à la consommation. L'objectif : ne pas financer l'activité des usines à l'étranger avec l'argent des banques publiques.
PAUSE DANS LA DELIVRANCE D'AGREMENTS
AUX BANQUES ETRANGERES
Mme Mentouri a soutenu la fermeture temporaire du marché bancaire algérien aux banques étrangères. « Il faudra observer une pause, et c'est un avis personnel, dans la délivrance d'agréments aux banques étrangères, le temps d'évaluer les besoins réels du marché et le nombre de banques nécessaires dont nous avons besoin », a expliqué la ministre. L'Algérie compte, actuellement, 11 banques privées, en très grande majorité des filiales à 100% de banques étrangères. L'attractivité de la place bancaire d'Alger attire de nombreuses banques étrangères. Plusieurs demandes d'agréments attendent le feu vert des autorités. La ministre a critiqué les banques étrangères, présentes dans le pays, pour le retard qu'elles ont pris pour développer leurs réseaux d'agences. « Les banques étrangères ont déçu nos attentes », a dit la ministre. Toutefois, a corrigé Mme Mentouri, certaines banques se sont rattrapées, ces derniers temps, en renforçant leur présence dans le pays.
Le taux de bancarisation en Algérie reste faible avec une agence pour plus de 27.000 habitants contre une agence pour 10.000 chez nos voisins marocains et tunisiens, et une agence pour 5.000 habitants dans les pays développés. Cela explique, en partie, l'intérêt des banques étrangères au marché algérien.
UN PLAN POUR RELANCER LA BOURSE D'ALGER
En panne depuis son lancement, la Bourse d'Alger peine à jouer pleinement son rôle de moteur de l'économie. La ministre a levé le voile sur ses propositions pour relancer cet instrument de financement de l'économie, via la privatisation et l'ouverture du capital des entreprises publiques, le renforcement du rôle de la COSOB, le gendarme de la Bourse, etc. « La COSOB doit avoir un oeil sur la nomination des commissaires aux comptes et ces derniers doivent l'alerter en cas d'anomalies dans les comptes d'entreprises. Ce qui n'est pas le cas, actuellement », a expliqué la ministre.
MODERNISATION DU SECTEUR DES ASSURANCES
Le secteur des assurances est peu développé en Algérie, avec un chiffre d'affaires dérisoire de 45 milliards de dinars, selon la ministre. « C'est marginal. L'assurance-vie, qui est un vecteur de mobilisation de l'épargne, représente seulement 8% de l'activité des assurances », a souligné la ministre. Le développement du secteur passe, selon Mme Mentouri, par la mise à niveau des compagnies d'assurance, l'assainissement de la branche automobile et le développement des branches sous-exploitées.
Source: Quotidien d'oran