A PARTIR D'AUJOURD'HUI : Les fonctionnaires en grève
10/02/2008
L’Algérie n’est pas que suspendue à l’enchère bruyante autour de la révision constitutionnelle et du mandat supplémentaire pour le président Bouteflika.
L’intersyndicale de la Fonction publique, qui réactive dès aujourd’hui une grève nationale de trois jours, fournit la preuve tangible que les citoyens, du moins ceux agglomérant la sphère laborieuse, ont d’autres cris à faire entendre. Des cris légitimés par la détresse socioprofessionnelle et qui, donc, ne sonneront pas comme une ode dithyrambique dédiée aux gouvernants.
Bien au contraire. Ce que l’intersyndicale de la Fonction publique entreprend comme actions n’est pas pour plaire au gouvernement qui abhorre des interpellations du genre, c’est-à-dire syndicalement correctes. Les huit syndicats autonomes revendiquent, à travers un effort synergique, l’amélioration du pouvoir d’achat, ce qui passe par des revalorisations salariales conséquentes. La nouvelle grille des salaires, d’adoption récente et dont l’application dépend de la finalisation des statuts particuliers, s’avère déjà être une non-réponse aux doléances des milliers de fonctionnaires, tant, dans l’intervalle, entre son annonce et sa mise en application effective, le pouvoir d’achat a connu une érosion exponentielle. Ce que l’intersyndicale de la Fonction publique n’a pas manqué de relever. A raison, bien entendu. Le gouvernement, plutôt que de prendre acte de cette réalité, fait le choix de fuir en avant en se lovant dans l’illusion de réussite qu’il s’efforce d’entretenir. Qui mieux que les fonctionnaires eux-mêmes pour dire le malaise socioprofessionnel qu’ils éprouvent ? Le gouvernement, épris politiquement de la seule centrale syndicale, ne daigne, ce faisant, même point écouter l’intersyndicale de la Fonction publique qui n’a de cesse de solliciter son association au dialogue social et aux négociations. Il est en effet pour le moins anormal que des statuts particuliers soient élaborés à l’insu des représentations syndicales que les fonctionnaires se sont donnés librement. C’est pourquoi aussi les fonctionnaires font grève. Une grève qui n’opère pas en soupape, comme celles tolérées que l’UGTA a eu jadis à organiser. Le débrayage qu’initie l’intersyndicale de la Fonction publique est une expression franche de malvie. Que le gouvernement convoque une fois de plus sa statistique pour réduire de l’impact de la grève ne changera rien à la réalité. Le salarié algérien, le fonctionnaire en particulier, peine à joindre les deux bouts. Voilà le paradoxe d’un pays qui se déclare ostensiblement riche pour avoir thésaurisé des milliards de dollars américains et dont les masses laborieuses s’appauvrissent de plus en plus.
Sofiane Aït Iflis